Roland Giguère

Paysage intérieur

Recherche et rédaction par Johanne Gaudet

Figure majeure de l’histoire littéraire et artistique du Québec, Roland Giguère incarne l’artiste multidisciplinaire, à la fois poète et éditeur, peintre et graveur. Son œuvre multiforme évoque l’histoire politique, sociale et culturelle du Québec.

Amoureux du livre et de sa fabrication, Roland Giguère étudie à l’Institut des arts graphiques sous le mentorat d’Arthur Gladu et d’Albert Dumouchel, chacun étant maître dans sa pratique artistique, l’un comme artisan typographe et l’autre, comme graveur.

Avant d’avoir 20 ans, Roland Giguère s’engage dans la création littéraire et fonde les Éditions Erta, l’une des maisons de poésie les plus importantes des années 1950. À cette enseigne, l’artiste publie sa poésie et celle de ses amis et il réalise de nombreuses gravures pour illustrer ses recueils. Après de longs séjours en France, il se réclame du surréalisme, une façon de vivre, de penser et de créer. Sa vision de la création est avant-gardiste.

Roland Giguère est le seul artiste à avoir reçu deux Prix du Québec, l’un pour son oeuvre littéraire, le Prix Athanase-David, et l’autre pour l’ensemble de son œuvre plastique, le Prix Paul-Émile-Borduas.

Parcours

Né à Montréal en 1929, Roland Giguère étudie à l’Institut des arts graphiques de 1947 à 1950. Son amour du livre passe par l‘écriture de poésie mais aussi par la conception de l’architecture graphique d’un livre, sa mise en page, sa typographie, son illustration, etc. Roland Giguère a une vision artistique du livre ce qui le conduira à éditer des livres d’artistes.

Pour l’amour du livre

Dès l’âge de 20 ans, il s’engage dans les mouvements artistiques de son époque : il signe, en 1948, le manifeste Prisme d’Yeux animé par Alfred Pellan et, en 1949, il fonde les Éditions Erta. Dans cette maison d’édition à caractère expérimental, Roland Giguère pratique l’édition comme un métier complexe où la confection d’un livre repose sur la collaboration entre les artistes, les petits tirages et la distribution en circuit restreint. Il publie des recueils de poésie, illustrés par des sérigraphies originales de Dumouchel, Bellefleur, Tremblay et de lui-même devenu graveur. Il a sa propre imprimerie en 1956 et publie entre autres le fameux recueil de poésie de Gaston Miron, La Marche à l’amour, illustré par des eaux-fortes de Léon Bellefleur.

Zones obscures

Roland Giguère effectue deux longs séjours en France entre 1954 et 1963, au cours desquels il poursuit des études en arts graphiques dans des ateliers d’artisans, et fréquente André Breton et le mouvement surréaliste. Il collabore également à la revue Phases issue d’un mouvement  qui réunit des artistes du dadaïsme, du surréalisme et du futurisme. Ces rencontres influencent sa pratique : ses gravures explorent les zones obscures de l’activité humaine donnant à voir un paysage intérieur étrange. Les images et les formes qu’il dessine prennent vie au fil de ses intuitions et de ses pressentiments.

De 1970 à 1975, il anime à l’Université Laval un atelier de recherche graphique et siège au CA de l’Association des graveurs du Québec dont son ami, Gérard Tremblay, est président.

Cet artiste aux multiples talents a joué un rôle de premier plan dans la vie culturelle du Québec, donnant une voix à la poésie et la reconnaissance aux arts graphiques. Roland Giguère est le seul artiste à avoir reçu deux Prix du Québec, l’un pour son oeuvre littéraire, le Prix Athanase-David (1999), l’autre pour l’ensemble de son œuvre plastique, le Prix Paul-Emile-Borduas (1982). Il a refusé le Prix du Gouverneur général en 1979, pour des raisons politiques.

On a rendu hommage à Roland Giguère de nombreuses façons : son nom figure dans le Dictionnaire des auteurs de langue française d’Amérique; un parc porte son nom dans le quartier où il est né, Ahuntsic - Cartierville ; un livre-disque de Thomas Hellman paru à l’Hexagone en 2012, propose 13 chansons adaptées de ses poèmes.

 

Ce qu’ils ont dit de lui …

Michel Lapierre, écrivain et journaliste :

«Giguère a tellement hissé la typographie au niveau plus intellectuel de la poésie qu’il a réconcilié le travail de l’ouvrier avec celui de l’artiste. Il a même insufflé à la poésie québécoise, encore désincarnée, l’énergie physique d’une peinture, comme celle de Riopelle, force qui manquait à nos vers. »

Robert Marteau, poète :

« … Giguère ne peint pas l’oiseau, mais ce qui l‘anime; ne peint pas l’eau, mais sa course et son pli; ne copie pas la forêt, mais sa pliure et son ascension. Il est où le feu court. Ce qui le captive, c’est le mouvement invisible. C‘est cela qu’il imprime sur son papier, sur sa toile. »

 

Sources

LAPIERRE, Michel, « Roland Giguère, né de la foudre et de l’éclair », Le Devoir, 28 septembre 2013.

MARTEAU, Robert,  « L’atelier de Roland Giguère », Vie des arts, vol.19, no.75, été 1974, p. 51-54.

 

Notes biographiques sur l‘artiste repérées sur les sites suivants :

Bilan.usherbrooke.ca

Lautjournal.info

Livre-disque sur l’artiste

Thomas Hellman chante Roland Giguère, éditions de l’Hexagone, 2012, 64 pages.

Treize chansons adaptées de poèmes de Roland Giguère tirés des ouvrages L’âge de la parole et Temps et lieux. Le livre comporte des textes, des photos de manuscrits et de dessins originaux de Roland Giguère.

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