René Derouin

L’idée d’américanité

Recherche et rédaction par Johanne Gaudet

René Derouin est un artiste mutidisciplinaire qui s’exprime à travers dessins, gravures, sculptures et installations. Après des études en graphisme, il quitte le Québec pour aller vivre à Mexico où l’art des muralistes le fascine. Son parcours d’artiste est stigmatisée par ses fréquents séjours au Mexique où il découvre l’art, l’histoire précoloniale et la vie communautaire.

Depuis 1955, René Derouin développe son art hors des normes, des courants, des institutions. Son œuvre la plus médiatisée est sans nul doute l’installation Migrations, constituée de 20 000 figurines en céramique fabriquées en collaboration avec des artisans mexicains. Après avoir été exposées à Mexico en 1992 puis à Québec, en 1994, les figurines ont été larguées dans le fleuve Saint-Laurent, un geste qui a marqué les esprits et s‘est inscrit dans l’imaginaire collectif.

Cet artiste unique a posé de nombreux gestes en faveur de l’interculturalisme et de la coopération. Il a fondé et animé les symposiums internationaux d’art in situ et les Jardins du précambrien à Val-David, deux événements qui témoignent de son enracinement dans le territoire.

Les prix et les distinctions affluent pour rendre hommage à René Derouin, souligner l’excellence de sa pratique artistique et son apport exceptionnel à la communauté.

Parcours

René Derouin est né à Montréal en 1936. Issu d’une famille de la classe ouvrière, il étudie le dessin et le graphisme tout en travaillant pour gagner sa vie. Puis, à 19 ans, il part pour le Mexique et y découvre ce qui forgera sa démarche créatrice :  la vie communautaire, l’histoire et l’art précolombiens, les civilisations précoloniales, l’art des muralistes. Il y étudie la peinture et le dessin, et réalise ses premières linogravures.

René Derouin n’a de cesse d’explorer son américanité. En choisissant de voyager dans l’axe nord-sud, sa quête de l’identité prend le dessus et propulse son élan créateur : nature, société,  mondialisation et territoire seront ses thèmes de prédilection.

Actif dans sa production, il l’est aussi pour faire avancer la pratique de la gravure et obtenir la reconnaissance du public et de ses pairs. En 1970, il crée les Editions Formart, un centre de création et de diffusion des métiers d’art. En 1973, il fonde l’Association des graveurs du Québec et en 1978, il est membre fondateur et directeur du Conseil québécois de l’estampe.

En 1995, son installation Migrations lui permet d’accéder à une renommée internationale : il largue dans le fleuve Saint-Laurent les 20 000 figurines qui composent l’installation et du coup, il fait la manchette. Au terme d’une longue réflexion sur le statut de l’artiste et sa contribution à la société, il initie des activités artistiques dans son propre village, Val-David. Il y anime des symposiums d’art in situ, ouvre la Fondation Derouin pour la création et la diffusion des arts contemporains et crée les Jardins du précambrien, une galerie en plein air où les visiteurs peuvent déambuler sur 3 km de sentiers aménagés où ils ont accès à des sculptures et des installations d’artistes des trois Amériques. Le lieu invite aussi à rencontrer des artistes d’autres disciplines, des musicologues, des cinéastes, des poètes.

Au cours des années 2000, René Derouin s’engage dans le renouvellement de sa pratique en effectuant un retour au noir et blanc dans sa production sérigraphique et en approfondissant l’art des papiers découpés, dans la tradition japonaise et mexicaine. En 2014, il fait l’objet d’une exposition, Fleuve, à la Grande Bibliothèque pour célébrer ses 50 ans de carrière, et en 2017, il réalise une œuvre monumentale intitulée le Mur des Rapaces, en référence au mur que Donald Trump promet d’ériger à la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

L’apport exceptionnel de René Derouin au développement des arts lui a valu de nombreux prix dont le Prix Paul-Émile-Borduas (1999), membre de l’Ordre du Canada, chevalier de l‘Ordre national du Québec et membre de l’Ordre Mexicain de l’Aigle Aztèque, la plus haute distinction accordée par le gouvernement mexicain à un étranger.

 

Ce qu’ils ont dit de lui …

Gilles Daigneault, historien de l’art et critique d’art :

« … Ces images satisfont des préoccupations essentielles du graveur : elles sont d’une haute qualité technique, elles poursuivent ses recherches sur la luminosité et, surtout, elles rejoignent un large public auquel Derouin a enfin l’impression d’apporter quelque chose de précieux. »

Henri Dorion, géographe et conférencier :

« … De cela se dégageront peut-être les éléments d’une culture du territoire permettant de conjuguer l’identité et l’altérité, l’enracinement et la mouvance, le réel et l’imaginaire. Et chacun aura peut-être répondu à la question qui suis-je ? en se demandant où suis-je? Au fait, c’est à quoi se consacre René Derouin depuis quarante ans. »

 

Sources

DAIGNEAULT, Gilles, « Le choix de René Derouin : Créer sa vie avant son œuvre », Vie des arts, vol. 21, no. 86, printemps 1977, p. 48-49.

DORION, Henri, « René Derouin : Pour une définition du territoire », Vie des arts, no.169, printemps 2001, p. 44-46.

 

Notes biographiques sur l‘artiste repérées sur les sites suivants :

Renederouin.com

Ordre-national.gouv.qc.ca

Vidéos sur l’artiste repérées sur Youtube

Un artiste, une œuvre / René Derouin, production du Musée national des beaux-arts du Québec, 19 septembre 2016

Migration / René Derouin, production de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 6 mai 2014

Biographies
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